Chapitre 4 – La Loi de Murphy

Un fait bien connu, étroitement lié à la stupidité, est que souvent “les choses ne marchent pas”. Nous discuterons d’observations intéressantes à ce sujet dans les deux prochains chapitres. Mais commençons par la définition la plus populaire de ce problème. On l’appelle la “loi de Murphy” – et elle a été répétée et citée depuis plus de soixante ans. Bien sûr c’était vrai, et largement confirmé par les faits, des milliers d’années auparavant. Mais avec une culture desorientée, un gouvernement maladroit, un management pressé et myope, les paris financiers et une technologie désordonnée, ses effets tendent à se multiplier.

Elle n’a jamais été énoncée comme une “loi scientifique”. C’est seulement une “expression” qui est souvent sensée être drôle. Mais elle vaut la peine d’être prise assez sérieusement. Il existe des théories contradictoires sur ses débuts, mais pour le bien de notre réflexion supposons que c’était un commentaire par un officier technique de l’Air Force, le capitaine Edward Murphy, en 1949, dans un cas spécifique de stupidité humaine: quequ’un avait risqué sa vie parce qu’un instrument n’avait pas été paramétré correctement.

Qu’elle qu’en soit l’origine, ou la situation qui a pu lui donner naissance, cette citation est devenue un véritable proverbe. « Tout ce qui peut mal tourner, va mal tourner, et au pire moment possible » [1].

[1]Le même concept est défini par divers “proverbes”, comme la Loi de Sod – ou la Loi de Finagle comme mentionné dans la note de bas de page au chapitre 1. Le précepte de Flanagan dit que « tous deux, Murphy et Finagle étaient d’incurables optimistes ».

Il existe une vaste littérature sur la Loi de Murphy, souvent amusante, et avec d’innombrables variantes et corollaires (beaucoup sont drôles, mais certaines sont vraiment pertinentes) appliquées à diverses situations et toutes sortes d’activités, mais en général avec le même signification de base [2].

[2]Il y a de nombreuses recueils et anthologies. Certains sont en ligne comme Murphy’s Laws (Les Lois de Murphy) (http://murphys-laws.com/) et Murphy’s Laws and Corollaries (Les lois de Murphy et ses corollaires) (http://roso.epfl.ch/dm/murphy.html).

Blaguer à ce sujet peut être amusant – et peut-être que nous pouvons être chanceux. Les choses ne se passent pas forcément mal. Mais c’est un vrai problème lorsque cela arrive, et ce n’est pas juste Murphy ou quiconque a inventé cette expression qui “rouspète”. C’est la sagesse de savoir comment les choses se passent – et d’être préparé à des pépins “inattendus”.

Parfois les choses se passent étonnament mieux. Mais il serait stupide de croire qu’elles équilibrent celles qui tournent mal.

Les multiples variations de la Loi de Murphy ne nous disent pas pourquoi les choses tournent mal. Souvent, la pagaille est si grande qu’elle semble être l’oeuvre d’un diablotin. Mais il est assez clair que l’origine la plus fréquente est la stupidité humaine.

Ça peut être notre propre stupidité, car nous avons fait une erreur, que nous n’avons pas vérifié aussi attentivement qu’il faudrait, ou que nous avons oublié de ternir compte d’une variable dont les effets entrent en jeu lorsque nous nous y attendons le moins.

Ou cela peut être la stupidité de quelqu’un d’autre. Quelqu’un de proche, qui a fait une erreur ou qui rend les choses inutilement compliquées. Ou peut-être est-ce quelqu’un, nous ne savons pas qui, où, quand ni comment, mais qui d’une certaine façon a fait que nos informations sont erronées ou mensongères – ou qui a conçu un outil qui s’arrête de fonctionner “au pire moment possible” [3].

[3]Voir chapitre 19 – La stupidité des technologies.

“La Loi de Murphy”, si elle est bien comprise, est une source d’intelligence. L’idée principale est que l’imprévu est quasiment inévitable. Car nous ne pouvons jamais contrôler toutes les variables. Ou parce que certains facteurs externes, que nous ne pouvons contrôler, entrenent en jeu lorsque nous nous y attendons le moins.

Il y a plusieurs façons pour faire face à ce problème pour ne pas être pris “totalement au dépourvu”. L’une d’entre-elles est d’avoir une solution de secours qui peut remplacer celle qui s’arrête soudainement de fonctionner. Une autre est d’avoir une gestion flexible, qui ne considère pas l’inattendu comme un obstacle, mais comme une voie différente vers l’objectif – ou comme une nouvelle opportunité.

Surtout, il est important de savoir que l’inattendu existe – et qu’il faut y être mentalement préparé. Non pas pour être confus ou apeuré, mais pour être prêt à trouver de nouvelles solutions, à rencontrer de nouvelles opportunités, pour apprendre de l’expérience stimulante du changement. (Voir annexe)


Un “corollaire” intéressant (mais rarement compris) de la loi de Murphy est que, si un problème a une façon de se résoudre lui-même, il le fera pendant un état d’alerte, que plusieurs actions sont en place pour tenter de le résoudre, etc. L’une des conséquences de ce fait est que, plus souvent qu’on ne pourrait le croire, la meilleure solution est “d’attendre” sans rien faire – mais bien sûr, il est difficile de savoir à l’avance dans quelles circonstances cela peut être la meilleure attitude à adopter.

Il est bon de savoir que ce genre de situation peut arriver fréquemment – pour être prêt à arrêter l’alarme avant que le remède ne se révèle pire que le mail ou qu’il cause une panique inutile, du désordre ou des complications. Et, par dessus tout (dans ce cas ou dans n’importe quelle autre circonstance difficile) être prêt à avouer que « J’ai fait une erreur ». Persister dans son erreur, ou dans de fausses alertes, est une forme dangereuse de stupidité.


La Loi de Murphy est donc un sérieux souci, mais pas suffisant pour baisser les bras ou désespérer. Au contraire, c’est un outil pour une meilleure connaissance – pour une organisation, un management et des comportements plus efficaces.

Si nous supposons – ou que nous admettons – qu’il n’existe que des technologies, techniques ou projets “infaillibles” ou totalement fiables ... nous nous dirigeons vers des surprises amères, parfois même catastrophiques. Comme l’a expliqué Douglas Adams: « La principale différence entre quelque chose qui peut mal tourner et quelque chose qui ne peut pas mal tourner est que quand celle qui ne peut pas mal tourner tourne mal, il s’avère impossible d’y accéder ou de la réparer. »

Si dans un projet petit ou grand (faire du café, prévoir un voyage ou la construction d’un barrage) nous prenons en compte l’inévitable “phénomène Murphy”, nous pouvons nous organiser avec la flexibilité suffisante, et considérer les erreurs et les circonstances imprévisibles comme des variantes possibles au lieu d’être des désastres ingérables. Ainsi nous pouvons réduire notre anxiété, améliorer la qualité et nous prémunir de l’horrible gâchis provoqué par l’imprévu et les multiples bévues.

Soyons reconnaissants à Edward Murphy (ou toute autre personne qui est le véritable auteur de la “Loi”) et essayons de faire bon usage de son observation perspicace, aussi souvent que possible, dans tout ce que nous faisons. Nous pourrons avoir de meilleurs résultats, et en même temps, améliorer notre “qualité de vie” de façon considérable.